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Archive for mars 2012

Dans le cadre la documentation sur Philippe Grandrieux que je réunis ici, voici une nouvelle séries de discussions. Les vidéos ont été capté lors d’un séminaire initié par le CRECI (Centre de Recherches sur l’Esthétique du Cinéma et des Images) le 21 février 2011. Malheureusement, la qualité audio laisse à désirer mais lorsque l’on aime…

Ici le lien vers la chaîne de Paris 3 cinéastes.

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Filmé en bon vieux 16 mm, noir et blanc somptueux, format d’antan de l’image (1.33 pour les intimes), bande son antédiluvienne, voilà qui nous inscrit dans un passé revisité à la lumière de notre XXIe siècle. C’est tout le pari délicat de La vida útil, fine partition clamant son amour au septième art.

Federico Veiroj signe ici son second long après Acné en 2008. D’une facture plus personnelle et d’un format plus original, La vida útil suit Jorge, homme toutes mains de la Cinémathèque de Montevideo. Physique bonhomme, placidité touchante, Jorge trimballe son corps à travers les couloirs, les archives et les salles de projection jusqu’au jour où les difficultés financières mènent la Cinémathèque à sa fermeture. Jorge, devenu « inutile », découvre la vie extérieure et se lance sur les chemins de la séduction. Ainsi, attardons-nous quelques instants sur la construction en trois parties de ce film.

Dans un premier temps, Federico Veiroj dresse un portrait quasi-documentaire du fonctionnement de la Cinémathèque en donnant la parole à deux de ses principaux membres : Jorge et Martinez. Ensemble, ils se partagent des courts métrages scandinaves. Ils participent plus tard à l’assemblée générale exceptionnelle qui statue sur la crise interne à l’institution. L’un lit en espagnol les cartons des Rapaces de Erich von Stroheim. L’autre enregistre une annonce de présentation de la Cinémathèque et d’appel aux dons. La  vie coule tranquillement dans l’organisation des tâches respectives. Malheureusement, l’un des gros donateurs se retire et la Cinémathèque ne peut résister à son départ. S’ensuit une séquence de transition (genre délicat s’il en est, qui passe rarement et casse souvent). Celle-ci débute et se termine avec le morceau Los caballos perdidos de Leo Masliah, chanteur phare en Uruguay. Avec une simplicité étonnante, un trait est tiré sur le passé et Jorge fait ses bagages. Rideau sur la Cinémathèque, au propre et au figuré. La chanson de Masliah résonnera avec les reproductions des locomotions de chevaux de Muybridge. Par ailleurs, elle réussit parfaitement à retranscrire l’émotion et la nostalgie qui vivent dans ce nœud de temps. Ensuite, nous atterrissons dans quelque chose de davantage fictionnel. Jorge va tenter de retrouver Paula par qui il es irrésistiblement attiré. Avant tout, il réglera ses comptes avec le monde de la justice, coupable, entre autres, de la fermeture de la Cinémathèque. Il s’introduit avec malice dans une classe de l’université de droit de Montevideo, en se faisant passer pour le professeur remplaçant. Dans un monologue délirant sur le mensonge (d’après Mark Twain), Jorge fait sourire les élèves et nous avec. Puis, il se prépare à retrouver Paula en se rendant chez le coiffeur pour subir une coupe minimale tant il ne lui est quasiment rien fait. Un rafraîchissement de quatre millimètres et encore. Puis il retourne à l’université.  Après une danse comique au milieu des escaliers de l’université, il retrouve Paula et parvient à la convaincre d’aller boire un verre.

La trame narrative, repose sur des éléments très simples donc, et c’est dans les détails qu’il faut aller chercher le brillant, le comique, l’émotion. Il en va ainsi de plusieurs scènes où Jorge donne un piquant particulier à la matière de La vida útil. Chacun, selon sa nationalité, percevra les échos gestuels de tel ou tel acteurs chez Jorge. Je laisse aux spectateurs le soin de découvrir ces moments plutôt que de vous les dévoiler ici. Par ailleurs, quelques gros plans ou cadrages serrés s’immiscent dans le film et servent des symboles en rapport à l’histoire de Jorge. La facture de l’image, offerte par le 16 mm, trouve bien sa place ici. Naturellement, nous sommes en droit de nous demander si un tournage en numérique n’aurait pas fait respirer le film autrement. Un autre souffle où le passé et le présent dialoguerait dans une relative connivence. Cependant, la lumière de Montevideo et de la Cinémathèque s’exprime très bien sur cette pellicule. Côté décor, l’inutile est tenu à distance et les détails sont peu nombreux. L’image s’en retrouve en quelque sorte lavée. Un choix délibéré sans doute. Dans un autre temps, le travail sonore constitue une réussite importante dans la composition de cet objet audiovisuel. Federico Veiroj a fait souvent appel à des ambiances très caractéristiques des films classiques des années 30-50. Ce sont des morceaux que l’on pourrait dire universels tant ils font appel à une sorte de mémoire collective du cinéma. Leurs utilisations donnent parfois à Jorge une grandeur qu’il ne possède pas et fabriquent des surimpressions imaginaires avec des silhouettes de héros de films anciens.  L’interprétation enfin, est globalement réussie. Quelques silhouettes parfois manquent de naturel sans que cela mette le film par terre. Nous sommes surpris de découvrir que Jorge Jellinek (Jorge) n’est jamais joué auparavant car il s’y livre entièrement et nous convainc. Manuel Martinez Carril (Martinez) a dirigé de nombreuses années la Cinémathèque de Montevideo. Paola Venditto (Paola), quant à elle, a tourné dans quelques productions.

La vida útil se veut une sorte de fable au croisement de moyens d’expression et registres différents que sont le documentaire, la fiction, le drame et l’humour. Bien sûr, le film constitue une ode au septième art où l’auteur offre beaucoup de sa personne, le film étant assez autobiographique. Un film à la première et troisième personnes du singulier que l’on voit comme un nous global, celui de cette population gigantesque d’amateurs, de passionnés, de cinéphiles, de cinévores, etc. Une perle à la luminosité discrète, à la fragilité palpable et à la fulgurance douce. Un seul regret mais ça n’engage que moi, j’aurais avancé la fin de quelques minutes. Nous en parlerons ensemble. D’ici-là, je vous encourage sincèrement à aller découvrir La vida útil

Quelques informations complémentaires sur La vida útil
Distribution sélective : Jorge Jellinek (Jorge), Manuel Martinez Carril (Martinez) et Paola Venditto (Paola).

Prix

PRIX DU JURY
Festival International du Film de La Roche-sur-Yon (2011) Festival du Film d’Istanbul (2011)
Festival du Film de Transylvania (2011)

MEILLEUR FILM
Festival du Film de la Havane (2011)

MEILLEUR RÉALISATEUR
Festival du Film de Valvidia (2010)

MENTION SPÉCIALE
Festival du Film de Varsovie (2010)
Festival du Film de San Sébastien (2010)
Festival International du Cinéma Indépendant de Buenos Aires (BAFICI) 2011

MEILLEUR ACTEUR (Jorge Jellinek)
Festival International du Cinéma Indépendant de Buenos Aires (BAFICI) 2011

Représentant Officiel de l’Uruguay en 2010 pour les Oscar®
Prix de la Fédération Internationale de la Presse Cinématographique (FIPRESCI) au Festival du Film de Carthagène

 

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