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Archive for the ‘Alejandro González Iñárritu’ Category

Attention, le développement dévoile la fin du film.

 

 

 

Nous connaissions  Alejandro González Iñárritu habituel distillateur de l’emphase et de la symphonie des drames humains. Nous le retrouvons inchangé, quoique plus simple. En effet, son Biutiful a perdu de la grandiloquence de Babel et gagné en pudeur, ou presque. Toutefois, nous retrouvons ce qui traverse l’ensemble de sa filmographie : l’association de drames transverses vers le témoignage d’une humanité peinant pour survivre.
Dans une Barcelone, rarement tournée en touristique par l’œil de la caméra, un homme peine à  couvrir toute la surface de sa vie. Un jour, il apprend, de la bouche d’un médecin, une nouvelle amère. Le film le suit à travers ses différentes relations professionnelles et familiales. Il régit deux réseaux complémentaires de clandestins, l’un africain, l’autre chinois. Sa vie de famille, à l’équilibre improbable, le pousse à donner ce qu’il peut et concilier avec le tempérament ingérable de sa femme. Enfin, un don médiumnique l’amène à pousser les âmes de défunts vers le départ et transmettre les derniers mots des disparus à la famille. Petit à petit, les drames s’accumulent et il doit faire face à beaucoup d’imprévus en cachant à chacun sa maladie.

 

Ici,  Iñárritu s’attache, à nouveau, à peindre le destin de gens modestes qui tentent d’arracher au monde de quoi vivre du mieux possible, même quand ce mieux est peu. Clandestins et autochtones vivent dans une relation de dépendance vis-à-vis les uns des autres et la police peut briser cet équilibre précaire à tout moment. Les hommes y paraissent généralement cruels et égoïstes, tandis que le personnage principal, interprété par Javier Bardem, garde une humanité dont il essaie d’user au maximum. Pour se sauver lui-même et/ou faciliter la vie de son entourage jusqu’à sa mort? Inévitablement, Uxbal n’est pas irréprochable. Au-delà de son comportement, parfois affable, il peut être vu comme quelqu’un qui exploite la misère et les faiblesses humaines. Pourtant, certains d’entre nous, s’attacheront à cet Achab qui brave la tempête d’un Occident dérangé, points de contact du meilleur et du pire. Ici, Javier Bardem manifeste une pudeur minutieuse qui transpire à travers une corporalité parlante. Le poids sur ses épaules lui pèse, mais il retarde sa chute. Les autres acteurs communiquent aussi une belle impression d’ensemble et habitent leurs personnages avec brio. Parfois, la caricature s’invite dans le film, je pense surtout au personnage de flic malhonnête, auquel Uxbal adresse de rondelettes sommes d’argent pour arranger ses affaires. Cela ne fait pas tout, car ce policier n’a pas l’importance nécessaire pour empêcher des actions contre les protégés d’Uxbal, les clandestins vendant les contrefaçons dans les rues de Barcelone. La scène de l’assaut contre ces vendeurs à la sauvette présente une violence surtout centrée sur la brutalité policière, peinte à grands renforts de touche spectaculaire. Ici, l’écriture d’Iñárritu perd en finesse. L’hémoglobine ne fait pas forcément la violence effective (A Serbian Film illsutre cela très bien au passage). Le récit du film comprend une autre scène qui ne présente pas, selon moi, un intérêt profond : la mort du vingtaine de Chinois, intoxiqués au gaz dans leur dortoir sinistre. J’imagine ne pas être le seul à avoir renifler l’odeur du danger, lorsque Uxbal achète les radiateurs pour réchauffer leur chambre commune. Iñárritu souhaite l’accabler, cependant il nous écrase en doutant de notre capacité à remplir les vides. Son propos ne nécessite pas de coucher les cadavres physiquement sur la pellicule pour gagner en puissance. Mais Javier Bardem fait avancer Uxbal vers l’inexorable avec pudeur et sans accumuler des paroles inutiles, car c’est à travers son corps que l’interprétation se diffuse le mieux. Ici, réside le principal mérite de l’acteur dans Biutiful. Ses compagnons de jeu apportent aussi de beaux moments au film. Au regard du nombre de personnes en charge du casting, heureusement qu’il en est ainsi. Sa femme insuffle à sa bipolarité une présence intéressante et continue d’enfermer Uxbal dans la tourmente de son environnement. Le frère Tito occupe la place de l’enfoiré égoïste pour contraster au mieux avec Uxbal. Un peu facile, mais Iñárritu adore les contrastes forts.

D’un point de vue esthétique, nous retrouvons une réalisation toute en douceur mélancolique et impressions poétiques, tirées des vers inscrits en filigrane sur la peau de la ville. J’ai pensé parfois à Guy Gilles et son Clair de terre surtout, avec cependant moins de délicatesse. Car la touche publicitaire effleure parfois les bords du cadre. La photographie de Rodrigo Pietro s’accorde agréablement aux décors de Brigitte Broch, deux habitués du travail avec Iñárritu. La couleur teinte à la fois le film d’un côté humide, voir transpirant à l’image de certains films de Wong Kar Wai  et d’une douceur expressionniste qui transforme le sordide en vanités. Du beau avec du moche pour faire brut. Le flanc sonore ajoute une noirceur certaine aux images. De temps à autre, le cliché apparaît dans l’addition audiovisuelle et fait du mal au film.

Pourtant, Biutiful me laisse avec un sentiment général positif, bien que certains côtés du film se rapprochent d’effets que je déprécie. Il est appréciable de voir Iñárritu creuser, plus simplement, l’existence comme un carrière,  d’y descendre vers un enfer rendu ordinaire, dont seuls ne remontent que quelques Caterpillar chargés de sentiments immortels, prêt à être recycler dans le bouillonnement du monde. Iñárritu a mal au monde sans aucun doute et il réécrit la fragilité de notre époque qui repose, entre autres, sur la masse silencieuse qui n’a pas accès à la Tribune.

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