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Archive for the ‘Guy Maddin’ Category

My Winnipeg est le dernier film de l’étrange et passionnant réalisateur canadien Guy Maddin. Le film initialement réalisé en 2007, n’est arrivé en France que fin 2009. Le nombre de copies limité n’a pas permis au film d’avoir un réel impact sur le public et c’est assez regrettable. L’auteur est assez conscient de ce phénomène et s’en amuse. À travers un court monologue, lors d’une promenade au Père Lachaise, le cinéaste se rassurait en disant qu’il sera connu vingt ans après sa mort. Cette interview est disponible dans le numéro 161 du Magazine Court-circuit/Arte.

Avant d’aller plus loin, voici la bande annonce :

Concernant ce long-métrage assez court, il faut d’abord dire que Winnipeg est la ville natale du cinéaste et que ce film était une commande « indirecte » de la chaîne Documetary Channel. Avant My Dad is 100 years old en 2005, Maddin ne s’était essayé au genre documentaire. Déjà, dans My Dad il prenait une grande liberté de ton vis-à-vis de cette forme. Les thèmes suggérés étaient les trains et Winnipeg. Après une genèse compliquée, Maddin réussissait enfin à boucler son film.
Côté interprétation, on notera la présence à la fois lumineuse et froide de Ann Savage, égérie des films de série B, connue principalement pour son rôle dans Detour d’Edgar G. Ulmer en 1945. Winnipeg fut d’ailleurs sa dernière participation car Ann Savage disparaissait le 25 décembre 2008. Quant à Louis Negin jouant Mayor Cornish, il est habitué des tournages du cinéaste. Guy Maddin est représenté par Darcy Fehr, lui aussi familier de l’auteur. Enfin, Amy Stewart joue Janet Maddin. Un choix étrange quand on sait que cette actrice pratique son activité principalement dans les séries américaines. La mère, comme souvent chez Guy Maddin, dégage une force castratrice, relayée dans la bande son par la musique d’Ivan le Terrible de Prokofiev. Ce personnage emblématique imprime véritablement une puissance dramatique au film.

Concernant la forme de Winnipeg, le style de Maddin se reconnaît dès les premières secondes : noir & blanc presque crasseux, atmosphère onirique, saut de registre, etc. Ensuite, nous plongeons dans un bouillonnement d’images d’archives, de scènes tournées et d’animation. Le rythme se balance entre le somnambulisme des passages en train et des empilements d’images attachées à l’histoire de la ville. Une voix off nous hypnotise littéralement de temps à autre. Plus loin, la voix maternelle nous ramène à la réalité.

Winnipeg nous est montrée comme un endroit glacial, vide, en train de mourir. Son présent qui s’enfonce dans la léthargie se confronte à un passé glorieux. Ce passé est d’ailleurs saupoudrée d’anecdotes savoureuses, telles ces chevaux fuyants un incendie, surgelés dans le fleuve (voir l’image plus haut). Le présent par contre, s’incline devant la disparation de formes symboliques. Ainsi, l’arène du hockey vouée à une lente agonie. L’auteur parle de ces moments passés à soutenir l’équipe locale et regarde avec nostalgie ce temple s’effondrer. Winnipeg est aussi présentée comme une ville paranormale où certains personnages s’adonnent à des séances de spiritisme baroques. Le cinéaste réussit là où il était inquiet. En effet, il s’interrogeait sur sa capacité à parler d’une ville qu’il connaît tant. Pourtant, cette dernière traverse déjà en filigrane une grande partie de ces précédentes réalisations. Il réalise un portrait à la fois touchant et acerbe d’une ville qu’il ne peut quitter, autour de laquelle il ne cesse de tourner pour mieux y revenir. L’image de la fourche qui réapparaît souvent est comme le sexe de cette femme d’où chaque homme est sorti. Winnipeg le recrache et l’avale à nouveau.

My Winnipeg fait penser à une histoire d’amour aux relents psychanalytiques, le balancement du train et la répétition du mot Winnipeg aidant. Tout comme l’existence de rues de seconde zone dans lesquelles l’auteur se perd, ou encore la recherche de clefs d’adresses énigmatiques. My Winnipeg mêle la mémoire au vivant, les blessures au rire, la politique au sport. Un film à la première personne très personnel dont on s’intéresse peut de savoir, finalement, s’il s’agit ou non d’un documentaire. My Winnipeg est une expérience sensorielle et sensible magnifique, enivrante et entêtante, le souffle d’un cinéma singulier vital.

My Winnipeg
Canada – 2007 – 1h19 – couleurs et noir & blanc – 1.85 – dolby
Réalisation et scénario Guy Maddin / Interprétation Ann Savage, Louis Negin, Darcy Fehr et Amy Stewart / Image Jody Shapiro / Montage John Gurdebecke / Direction artistique Rejean Labrie / Production Documentary Channel / Producteurs Jody Shapiro, Phyllis Laing / Distribution Ed Distribution / Avec le soutien du GNCR

La sortie du DVD devrait bientôt avoir lieu grâce à l’excellent personnel d’Ed Distribution.

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