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Archive for the ‘Kamen Kalev’ Category

09 mars 2010, 20h00, MK2 Beaubourg, séance en présence du réalisateur et de l’équipe du film.

Premier long d’un réalisateur formé à la FEMIS, entre autres, le film a raflé une quantité impressionnante de récompenses au festival Premiers Plans d’Angers, à Sarajevo, à Sofia et au festival du film de Tokyo, pour ne citer qu’eux et mettre en avant le caractère internationnal de l’appréciation du film. Aujourd’hui, Eastern Plays continue son chemin dans les salles.
L’auteur a présenté son film en début de séance et a répondu aux questions des spectateurs suite à la projection. Kamen Kalev a fait preuve de beaucoup de simplicité et d’humanité dans ses propos. Il dégageait une certaine beauté humaine mêlée d’humilité. Vous pourrez trouver en fin d’article une interview du cinéaste.

Le fond du film traite de rapports compliqués entre différents personnages, d’une position géographique difficile (Sofia), d’une Europe en devenir. L’histoire de la Bulgarie a connu, jusqu’à maintenant, de nombreuses péripéties et le portrait de la ville de Sofia est celui d’une ville blessée par les Russes, entamant son chemin vers une modernité illusoire et en proie à la montée de violences racistes. Pourtant Eastern Plays n’a rien d’un film politique. Il s’agit davantage d’un constat poignant sur l’état d’une génération qui ne comprend pas forcément la précédente. Ce constat est, à peu de choses près, valable et partagé avec la majorité des pays de l’ex-bloc soviétique. Ici, tout n’est qu’esquisse, sans appesantissement.
Nous suivons les tribulations d’Itso, interprété par Christo Christov qui joue-là son propre rôle, l’ami que le réalisateur a perdu en 2008 et décédé avant la fin du tournage. Le film lui rend donc un hommage posthume. Itso partage sa vie entre des histoires amoureuses bancales, la création, une désintoxication et des visites à sa famille. La sensibilité qu’il dégage transpire sur tout l’écran et porte la souffrance du monde sur ses épaules. Témoin d’une agression raciste, dont l’un des protagonistes n’est autre que son frère, Itso s’éprend d’une jeune Turc, Isil, la fille de l’homme roué de coups alors qu’il vit déjà une histoire ambigüe avec une jeune bulgare. Cette dernière lui court après tandis qu’il fait preuve d’un criant détachement à son égard. La relation entre Itso et Isil rencontre des difficultés culturelles, la famille de la jeune fille voyant d’un mauvais œil son attachement à un étranger, qui plus est lorsque celui-ci vit là où a eu lieu l’agression. Cependant, les deux jeunes gens parviennent à se voir et se noue un rapport délicat et lumineux. La grande Europe ne tient plus qu’à un fil, celui tendu entre deux êtres que tout pourrait séparer, perdus dans l’instant pour la bonne cause. Isil parvient à faire sourire Itso qui continue de se démener difficilement contre la drogue et ses démons intérieurs – à ce propos, l’un des morceaux de la bande son, intitulé Inject Me With Love du groupe Nasekomix, prête un penchant musical à la relation d’Itso à la drogue et son attirance pour Isil – et assiste, impuissant, aux conneries de son frère. Parallèlement, nous suivons donc les errances du frère cadet Georgi, enfermé dans un silence inquiétant. En parfaite rupture avec ses parents, son adhésion au groupuscule néo-nazi semble presque naturel. Georgi y prend part sans plus de profondeur. Il est disponible, c’est un corps vacant, davantage qu’un esprit. Pour Kamen Kalev, Georgi représente Itso jeune. Enfin, Isil donne à Sofia une autre dimension et apporte une certaine fraîcheur à Easter Plays et insère une autre géographie dans la géographie du film. Une image dans l’image pourraient dire certains. Ces trois se mêlent pour former des regards kaléidoscopiques sur des réalités contemporaines.

Techniquement, nous ne rencontrons pas réellement du grand cinéma mais nous pouvons noter cependant que la facture du cinéaste est assez éloigné de certains formatages inhérents à la FEMIS. Un léger tremblé place le film dans une certaine instabilité. Le rythme est bien tenu et le montage remplit son rôle. Le film aurait pu constituer une véritable œuvre tant le reste est exemplaire. Eastern Plays, en tant que tel, souffre de quelques imperfections qui ne sont peut-être pas à confondre avec des erreurs de jeunesse, mais simplement le fait d’une écriture personnelle : saut qualitatif dans la photographie et raccords ratés pour les principaux. Cependant, ces accrocs donnent un certain cachet à la réalisation, quelque chose de l’ordre d’un bordel mesuré. L’utilisation d’images issues de la télévision en plein écran, par exemple, renforce cet effet.

Mais Eastern Plays se tient à hauteur de peuple avec générosité, sensibilité et émotion. L’espoir transmis à travers le film l’emporte sur les inquiétudes soulevées. Plus humaniste que simplement social, Eastern Plays nous met dans le ventre un peu de rage et d’amour. Nécessairement universel.

Un extrait

L’interview de Kamen Kalev à Cannes en 2009

Eastern Plays
Bulgarie / Suède – 2009 – 1h29 – Couleur – 1:85
Scénario et réalisation Kamen Kalev / Interprétation Christo Christov, Ovanes Torosian, Saadet Isil Aksoy, Nikolina Yancheva, Ivan Nalbantov, Krasimira Demireva / Direction photo Julian Atanassov / Musique originale Jean-Paul Wall / Son Momchil Bozhkov, Boris Trayanov / Montage Kamen Kalev, Stephan Piryov, Joahannes Pinter / Production exécutive Maya Vitkova / Direction de production Marina Asenova / Production Stephan Piryov, Waterfront Film, Kamen Kalev, Frederik Zander, The Chimney Pot / Co-production Anguel Christanov, Thomas Eskilsson

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