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Archive for the ‘Lee Chang-dong’ Category

Lee Chang-dong demeure assez peu connu en France, en dehors d’un cercle d’initiés. Pourtant, il réalisa en 1999 Peppermint Candy et Secret Sunshine en 2007, pour ne citer qu’eux. Aujourd’hui, il nous livre Poetry, son cinquième long, dont certains l’imaginaient remporter la Palme au dernier festival de Cannes. Il partira finalement du Sud de la France avec le prix du Scénario.

Poetry ouvre, en quelque sorte, la série des films de plus de deux heures dont font partie Biutiful, Les mystères de Lisbonne ou encore Vénus noire. Le synopsis du film peut, dans un premier temps, inquiéter le spectateur. Cependant, Lee Chang-dong s’en sort à merveille. Mija, une grand-mère, interprétée par la grande actrice Yun Junghee, vit seule avec son petit-fils dans une ville de province sud-coréenne. Son quotidien est partagé entre l’aide à un vieil homme handicapé et des leçons de poésie. Deux éléments viennent remuer cet équilibre : son atteinte par la maladie d’Alzheimer et le drame dont son petit-fils a été l’un des coupables. Mija tente alors de résoudre ses soucis tout en cherchant à rédiger le premier poème de sa vie. Petit à petit, son tempérament se modifie sans qu’elle perde toutefois sa légèreté et son côté rêveur.

Le film débute sur la peinture du fleuve Han, au bord duquel un groupe d’enfants joue. L’atmosphère emprise de beauté et de calme est soudainement brisé par l’arrivée d’un cadavre à la surface de l’eau. Nous apprendrons plus tard qu’il s’agit du corps d’une collégienne qui s’est suicidée. Le contraste fort, entre l’aspect doux et apaisé de la nature et cette apparition morbide pourrait, dans un certain sens, résumer assez simplement le cinéma de Lee Chang-dong. Car, tout le reste du film continuera d’explorer cette rivalité douce/amère. Nous retrouvons aussi une certaine violence dans des rapports homme/femme difficiles. En effet, Mija subit le caractère très adolescent de son petit-fils, dont elle se trouve être la servante avant d’en être la grand-mère. Elle répète son rôle de femme asservie avec le travail chez le vieil homme handicapé. Enfin, dans les suites données au drame, elle se retrouve mêlée à un groupe uniquement masculin et doit s’investir davantage qu’eux pour résoudre les problèmes. Pourtant, la violence est insufflée, à travers Poetry, de façon très dépouillée, davantage sous-entendue que montrée. La pudeur se partage à la délicatesse dans la peinture d’émotions maintenues enfermées. Mija a le sens des responsabilités, de la charité et use de sa lucidité pour traverser ses épreuves. Il est question d’honneur aussi dans Poetry.

Le jeu de miroirs opéré dans le film réussit à n’imposer ni l’un, ni l’autre des versants (la douceur, la rêverie contre la violence), au contraire ils se complètent et se nourrissent. La pudeur et la légèreté (apparente) de Mija est contrebalancée par les blagues salaces d’un participant aux réunions poétiques, sans que cela produise un cliché. Poetry est donc, à de nombreux titres, une perle rare de méticulosité et d’harmonie. La preuve, si elle était nécessaire du talent d’orfèvre de Lee Chang-dong. C’est un endroit où l’aérien se confronte au souterrain dont la nuit n’éteindra, on l’espère, jamais la lueur, aussi discrète soit-elle.

Vous pouvez écouter ici l’émission Projection privée qui s’attarde principalement sur le film. En présence de la comédienne Yun Junghee notamment.

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