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Archive for the ‘Philippe Grandrieux’ Category

Dans le cadre la documentation sur Philippe Grandrieux que je réunis ici, voici une nouvelle séries de discussions. Les vidéos ont été capté lors d’un séminaire initié par le CRECI (Centre de Recherches sur l’Esthétique du Cinéma et des Images) le 21 février 2011. Malheureusement, la qualité audio laisse à désirer mais lorsque l’on aime…

Ici le lien vers la chaîne de Paris 3 cinéastes.

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Nous ne disposons pas d’un grand nombre de documents sur Philippe Grandrieux. Cependant, quelques entretiens sont disponibles. Suivez les liens.

 

Six documents pour commencer :

Au commencement était la nuit sur Hors Champ.

The Body’s night sur Rouge (en anglais).

Une vidéo où Philippe Grandrieux s’exprime à la suite de la projection de Sombre au Forum des images.

Un entretien réalisé par Benoît Basirico en mars 2009.

La Plàstica del Deseo sur pequenoscinerastas (en espagnol).

Entrevista con Philippe Grandrieux sur Mucho tiempo he estado acostándome temprano (en espagnol).

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La vie nouvelle, Philippe Grandrieux (2002)

 

 

« Un film, ça doit s’affronter, se confronter a quelque chose, qu’il y ait une véritable épaisseur, un véritable risque pour celui qui le fait, donc pour celui qui le regarde, c’est quand même ça le cinéma. »
Philippe Grandrieux, propos tenus lors d’une émission sur Radio Libertaire.

 

Sorti en 2002, La vie nouvelle, réalisé par Philippe Grandrieux, a davantage à voir avec le cinéma expérimental qu’autre chose. Si son format et sa durée l’assimile directement au cinéma, sa matière, son refus de la narration, l’économie de dialogues, le classent plus facilement du côté des films expérimentaux. Tourné autour de la question du corps et de la vision d’un monde déshumanisé, cahotique et violent, le réalisateur nous donne à vivre un film bati de souffles, de tensions, de peaux, de terreur, d’humiliation, d’obscurité.

Ce deuxième long-métrage, réalisé trois ans après Sombre, se tient dans une même lignée froide et introspective. Le décor est celui d’un espace post-industriel : la banlieue de Sofia, les scènes d’intérieur : un hôtel et un club aux clients à la recherche d’une femme à « louer » pour la nuit. Le film débute par une scène étrange à l’intérieur de laquelle se tiennent une trentaine de personnages, le visage tourné vers nous. Leur expression mêle stupeur, effroi et suspicion. Leur regard est tourné vers un objet dont nous connaissons pas la nature. Nous pouvons simplement supposer qu’il s’agit d’un écran de cinéma ou une autre source de lumière diffuse. Les rares mouvements esquissés sont habités d’une certaine lenteur et paraissent n’avoir aucun but, une sorte de piétinement en définitive. Dans cette séquence d’introduction, le noir tient déjà une place significative. Tout au long du film d’ailleurs, la lumière du jour aura un caractère éblouissant, éclatant, en comparaison des scènes de pénombre. Le contraste d’un passage brutal entre la nuit et le jour, sans en atténuer la densité à la fin des plans, ne dérange en rien Philippe Grandrieux. Au contraire, il s’en sert afin de mettre à l’épreuve notre œil, l’iris plus particulièrement, généralement habitué à davantage de douceur dans le traitement de l’intensité lumineuse d’un plan à l’autre.

La scène pendant laquelle Mélania ( Anna Mouglalis ) se fait couper les cheveux par son « propriétaire » est d’une violence difficilement soutenable et tend vers le viol. Elle préfigure ce que Mélania subira plus tard lorsque qu’elle sera devenue une prostituée de « luxe », à la disposition de soldats américains ou de Sofiotes fortunés. La lenteur des gestes du bourreau, l’application avec laquelle il choisit telle mèche de cheveux plutôt qu’une autre, l’amplification du son produit par l’action des ciseaux, concourent à faire émaner de cette séquence une tension palpable, épaisse et déchirante. Qui plus est, de cette femme, en train d’être  défaite d’une des composantes de sa féminité, ne sortent  seulement quelques espèces de sons gutturaux et des cris ravalés, retenus : la complainte d’un désespoir étouffé et la résignation. L’acceptation de l’inacceptable, ou tenter de garder sauve son âme désormais que son corps est perdu, qu’elle n’en possède plus un usage libre. Jamais au cours de cette séquence une parole n’est échangée, l’absence de mots est nécessaire à l’amplification du geste qui se joue là, un geste qui entend nous montrer que l’esclavagisme ne disparaîtra jamais, qu’il se trouva toujours un être humain pour en exploiter un second et ce, dans toutes les possibilités de l’asservissement et de l’humiliation. L’homme, chez Grandrieux possède une cruauté rarement explicitée, et prend dès lors un caractère banale. Cet homme-là ne donne pas d’amour ou est incapable de le faire. Toujours sous la domination du pire, il se dirige à grands pas vers la folie.

La matière même de la vie nouvelle, conséquence d’une utilisation sensible de la lumière et de la caméra portée à l’épaule, offre un relief et une profondeur considérable. L’image vibre, oscille, frémit, chancelle, palpite, cherche. La caméra colle aux personnages, fait corps avec eux. Ce faisant, le spectateur est convié à une expérience sensitive délicate et troublante car cette image charnelle, à la fois brûlante et froide comme l’acier, propose une violence intérieure qui touche au plus profond de notre être. La violence de surface propre aux films d’horreur acquiert une relative inconsistance face à celle-ci. Ne serait toutefois pas atteint de tels effets sans, encore une fois, une association audio-visuelle mesurée. Aucune surprise ici cependant, l’habillage sonore nous renvoie directement à Sombre ainsi qu’à de nombreux autres films : Lost Highway ou Nocturama, respectivement réalisés par David Lynch et Steven Le Guellec par exemple. Une rumeur sourde et grave plane sur tout le film, à l’exclusion des moments où la musique la remplace :  dans le club où travaille Mélania ou lorsqu’elle entonne un morceau de Lift to experience. Le reste du temps, le son direct, sans doute enregistré lors du tournage, compose avec les nappes sonores crées par le groupe grenoblois Étant donnés. Ces nappes aussi envoûtantes soient-elles, ainsi qu’hypnoti-ques, développent une atmosphère toute de violence retenue. Elles nous immergent à l’intérieur des corps, comme s’il s’agissait d’en entendre fonctionner les rouages, ou d’en ressentir les malaises. Aussi, il est parfois possible de les assimiler à la rumeur d’une ville, ou des grognements souterrains, d’où l’aspect tellurique du film.

Volcanique, ce film l’est totalement. Il bouillonne littéralement de cette techtonique des corps orchestrée par le réallisateur. L’ébullition des esprits des personnages, au bord de la folie comme il a été dit précédemment, traverse tout le film. Les corps s’affrontent. Ils traversent l’écran avec une vitalité surprenante et s’entrechoquent brutalement.

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