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Archive for the ‘Tom Six’ Category

Voici un film qui ne passera pas partout, et pour cause. Le synopsis résume clairement la dose de perversité ou de témérité qu’il faut pour se diriger vers un tel objet mal identifié. En résumé, disons ceci : le récit se déroule en Allemagne où deux touristes américaines, suite à la crevaison d’un pneu de leur voiture cherchent secours dans la forêt où elles sont prises au piège.  Naturellement, elles parviennent jusqu’à la porte d’une maison qui se trouve être l’habitation d’un ancien chirurgien froidement déjanté. Ce dernier les droguera pour pouvoir user d’elles comme bon lui semble. Ainsi, il pourra mener à bien son grand projet : un mille-pattes humain, composé de trois personnes reliées entre elles au niveau de la bouche et de l’anus. Expérience très originale qu’il avait fait précéder d’un essai grandeur nature sur ses trois chiens, dont la tombe orne maintenant son jardin. Ainsi, il réunira un japonais glané dans le coin et les deux américaines arrivées jusqu’à lui. La suite du film contient le rapport tendu entre le maître et sa bête à trois têtes qui refuse de lui obéir. L’histoire finira mal.

Les références historiques ont le mérite d’être assez claires, si claires qu’il ne faut pas chercher trop profondément dans l’esprit de ce film. L’histoire sert l’écriture d’un scénario, mais en aucun cas n’aura un écho critique, pas de parti-pris véritablement tranché ici. Le personnage du chirurgien, vieille résurgence d’un Josef Mengele (tortionnaire nazi qui ressurgit d’ailleurs au cinéma actuellement avec la reprise de Ces hommes venus du Brésil), possède une réelle force cynique et une folie froide. Le ton du film est donné d’emblée par une photographie qui prête à rire. Le chirurgien (Docteur Heiter), attend une victime dans sa voiture. Pendant ce temps, il regarde longuement et avec une tristesse mal dissimulée derrière des lunettes de soleil, une image dont on tarde à percevoir la représentation. Finalement, un mouvement de caméra révèle un assortiment de trois chiens assemblés entre eux. Ensuite, Tom Six pioche dans des clichés de séries B pour donner à son personnage un sérieux tout à fait bancal. Les lunettes de soleil, un imperméable, un physique ingrat et voici Der Heiter lancé dans un pastiche de films d’horreur à tendance comique, couleur humour noir. Les deux américaines sont présentées comme de magnifiques  nunuches hystériques. Tom Six se joue des genres et place le spectateur devant des caricatures auxquelles il est difficile d’accorder une dimension fortement dramatiques. Pourtant, l’horreur apparait rapidement avec le projet démoniaque que le chirurgien expose très simplement à ces otages avec de mignons schémas très explicites. Ces dessins posent très clairement les principes de son entreprise et laisse peu de place à la surprise. Malgré quelques rebondissements, le mille-pattes sera crée. Suspense et tension s’organisent de façon très simple et il est difficile de ne pas penser à certains Cronenberg, notamment les films de la période des années 70-80. Le calvaire du mille-pattes durera jusqu’à l’arrivée de policiers, presque grotesques dans leur inefficacité. La fin du film décide de traduire une certaine neutralité car aucun des protagonistes ne reste en vie.

Alors que retenir de ce film? Pas grand chose, mais il y a sans doute plus à prendre que dans toutes ces répétitions de films standardisés qui naissent chaque semaine sur les écrans. Au moins, The Human Centipede – tout le monde n’en rira pas, c’est certain – a le mérite de proposer un objet assez original, dans dans son fond que dans sa forme. Le travail soigné du montage et de la photographie le range assez loin des productions du cinéma dit Bis. La mise en scène n’a rien de catastrophique non plus et les acteurs sont crédibles. The Human Centipede pourrait constituer alors un bon-mauvais film, dans le sens où il se nourrit d’un large panel de clichés, sans toutefois tomber dans une imitation à la lettre qui appauvrirait davantage qu’elle n’enrichit. Dans tous les cas, l’envie de faire scandale ne peut être étrangère à ce film. Depuis longtemps, le filon des films choquants est exploité, avec plus ou moins de réussite, par des réalisateurs qui ont chacun leur raison de fabriquer des objets qui dérangent. Car, au-delà de faire rire ou d’horrifier, ce genre de films est avant tout destiné à déranger, à remuer des morceaux d’histoire douloureux ou à présenter des thèmes peu exploités, et parfois à surenchérir sur ce qui s’est fait auparavant. Nous pourrions évidemment nous interroger sur le besoin de faire toujours pire, mais c’est pas là le sujet. Ainsi, The Human Centipede vient se placer aux côtés de nombreux films tels Philosophy Of A Knife, A Serbian Film et plus largement Salo de Pasolini ou Ken Park de Larry Clark. La réalisation de Tom Six est indéniablement promise à la sous-culture, assez importante néanmoins, qui fera son affaire quelques temps de cet opus. La toile vibrera quelques semaines des échos du film, jusqu’à ce que le prochain vienne le remplacer.

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