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Archive for the ‘Xavier Dolan’ Category

À vingt-et-un ans seulement Xavier Dolan nous revient avec son second long-métrage. Deux participations successives à Cannes (Quinzaine des réalisateurs en 2009 et Un certain regard cette année), avec deux films différents dont il est le réalisateur, attestent d’un certain exploit, pour quelqu’un d’aussi jeune. Alors naturellement, Xavier Dolan en agace certains et en fascine d’autres. Venu au petit-écran assez tôt en tant qu’acteur de publicités, il a réalisé son premier long J’ai tué ma mère (2009) avec très peu de moyens. Ce qui n’empêcha pas le film d’avoir eu une très belle vie en festivals et en exploitation classique. Il remporte d’ailleurs trois prix à Cannes avec ce film tandis que Les amours imaginaires y remportera le modeste prix Regards jeunes. Après avoir eu d’assez nombreuses expériences pour le cinéma en tant qu’acteur. Il passe directement à l’écriture et la réalisation avec J’ai tué ma mère (sans passer par le court, fait assez rare pour être signalé). Grâce au succès obtenu par ce dernier, le montage du second a été assez rapide et Xavier Dolan présentait Les amours imaginaires à Cannes en mai dernier.

 

Avant tout, le sujet du film importe peu et se résume à un manège amoureux autour du désir que provoque le même homme chez deux personnes de sexe différent. Rappelons cependant le tissu narratif du film. Les amours imaginaires, titre presque garrelien, suit deux personnages aux rapports amicaux flous qui tombent amoureux du même jeune éphèbe. Ces deux amis se livrent une sorte de bataille pour le conquérir. Ils en souffriront jusqu’à s’apercevoir qu’il n’y a rien à attendre de cet éphèbe, sinon des désillusions et des déceptions. Voici le synopsis officiel :

L’histoire de Francis et Marie, deux amis qui, épris de la même personne, se livrent à un duel malsain pour la conquérir. De rendez-vous en rendez-vous, la tension monte et, bientôt, chacun interprète de manière obsessionnelle les comportements ambigus et destructeurs de l’objet de leur désir.

Ce thème servira de tremplin à la peinture d’un univers très personnel et une envie de cinéma clairement affirmée par l’auteur.

 

En effet, nous avons à faire ici à un objet original, particulier, loin des standards. Le corps légèrement hétérogène du film rebutera sans doute certaines personnes. Des séquences de personnages n’apparaissant pas dans le récit du film, interviennent plusieurs fois à la manière d’interviews dont le sujet est généralement la relation amoureuse. Tandis que dans un autre temps, d’autres séquences très stylisées, renvoient aux moments où les deux amis se livrent, séparément, à des relations sexuelles hygiéniques, censées les délivrer de leur trouble amoureux. La teinte de ces scènes, bleu pour Francis et rouge pour  Marie les place sur un registre particulier. Il s’agit d’un temps particulier où la souffrance et la frustration ne trouvent pour s’assouvir qu’un autre corps, qui donnera, un temps, l’illusion d’être aimé. Ensuite, il y a le récit principal où les acteurs évoluent à travers des décors et des costumes savamment travaillés. Ces trois formes, interviews, impressions et récit cohabitent de façon étrange, dans le sens où leur venue paraît très aléatoire. C’est donc le montage qui, ici, possède quelques faiblesses et violente le spectateur en l’obligeant à des grands écarts mal assumés. Car l’idée de faire exister des éléments à la fibre très différente, dont le contenu demeure toujours le même (la difficulté amoureuse), est séduisante et donne au film un élan intéressant. Cependant, le montage défait ces scènes et les rend très hermétiques, jusqu’à ce que nous ne puissions pas les sentir réellement communiquer entre elles. Il s’agit alors plutôt de différents tableaux juxtaposés brutalement.

 

D’un point de vue sonore, le film ne provoque pas de grandes surprises. Les morceaux diffusés sont les hymnes de la jeunesse actuelle avant tout, dont Pass this on du groupe The Knife.  Nous entendons aussi à plusieurs reprises Le Bang Bang de Dalida (clin d’œil à Tarantino?) et quelques morceaux de musique classique (la petite touche élitiste). Ensuite, dans le traitement des sons, l’image dicte l’oreille. Pas d’écart donc entre ce qui est montré et ce qui est entendu. Résumons en disant que la bande son correspond bien à la modernité du film sans toutefois prendre trop de risque. Dans de rares moments, l’utilisation de la musique n’apporte rien et alourdit l’image en lui conférant un « effet clip ».

 

Dans tous les cas, le travail de Xavier Dolan et celui de ses acteurs méritent le détour. Nous rencontrons, à travers Les amours imaginaires, un regard singulier distillant une fraîcheur vivifiante, l’envie de jouer avec le cinéma et une ambition certaine. Le jeu des acteurs, sans doute volontairement appuyé presque caricatural parfois, la mise en scène, le travail autour d’une question mille fois traitée, offrent de bonnes raisons de trouver un certain intérêt aux Amours imaginaires. Signalons aussi que les dialogues sont assez jubilatoires. Ils constituent l’une des composantes importantes du film. Dans  un certain sens, ces dialogues distillent une certaine légèreté dans le film où le ton comique est parfois appréciable. Mais rien à voir cependant avec le fait que les personnages ont un accent. Nous avons pu entendre, dans l’émission Œil pour œil (Télérama.fr), quelques inepties à ce sujet. Enfin, les références cinématographiques multiples pourraient faire douter de l’originalité de Xavier Dolan. Nous espérons qu’il n’en est rien et que ses prochaines livraisons nous montreront un cinéaste accompli, à l’écriture davantage épanoui. En tout cas, nous reconnaissons un indéniable talent à ce jeune réalisateur et nous pouvons difficilement ne pas être admiratif d’une telle trajectoire.

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