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Posts Tagged ‘Joan Crawford’

Séance du mercredi 21 avril 2010, 21h45, cinéma Grand Action.

Cette semaine au 5, rue des écoles, les femmes d’action possèdent l’écran. Dans ce cadre, sept films sont programmés dont Kill Bill, les deux volumes, Thelma et Louise et Johnny Guitare. C’est sur ce dernier que je me suis arrêté étant donné que je n’ai jamais eu la chance d’y assister au cinéma.
Bien souvent, les western font peur à un public qui n’apprécie pas ce genre par méconnaissance, comme on déteste les cornichons sans jamais n’y avoir goûté. Johnny Guitare peut sans doute offrir une belle rencontre à ceux qui, au premier abord, n’ont aucune attirance naturelle pour les western. En effet, cette œuvre de Nicholas Ray touche, en premier lieu, par l’opposition violente de deux femmes au milieu de l’Arizona. Un sujet assez originale dans ce monde dirigé par le mythe d’un justicier solitaire battant la poussière à cheval.

À travers ce film, Nicholas Ray offre un rôle magnifique à la non moins magnifique Joan Crawford qui, au passage, commença sa carrière dans des films muets mais continua de tourner après l’avènement du parlant. De grandes actrices, à l’époque, ne sont pas parvenues à résister à ce changement. D’ailleurs, Billy Wilder avec Sunset Boulevard a réalisé un des plus bels exemples de ce drame, de cette cassure que représenta l’arrêt progressif de la production des films muets. Concernant l’interprétation de Vienna par Joan Crawford ici, il faut s’intéresser à son caractère androgyne. En effet, Vienna est multiple et, dans le même temps, possède une assurance qui la rend pleine et cohérente. Tour à tour, menaçante, déterminée, mélancolique, mystérieuse ou fière, ses facettes se succèdent pour offrir une riche amplitude à ce personnage. Face à elle, Mercedes McCambridge joue Emma, une femme conservatrice, gorgée de haine qui va lancer contre Vienna une véritable offensive pour l’éloigner de leur terre. Enfin, Sterling Hayden campe un Johnny Guitar étrange, venu reconquérir le cœur de Vienna. En vérité, il est censé jouer de son instrument dans son saloon mais il tiendra surtout un rôle de protecteur. Ancien joueur de pistolet légendaire dont le vrai nom est Johnny Logan, Guitar révèle parfois ses faiblesses, vis-à-vis de l’alcool ou de sa frénésie dans l’usage de revolver. Ce personnage complexe est habité par ses remords et poursuivit par son passé. Aussi, sa maladresse finit de le rendre atypique et le place loin des clichés virils entretenus par les western tardifs. Le film contient une humanité lumineuse où la bêtise, et surtout la jalousie, se confrontent à la volonté d’une femme, Vienna, qui souhaite ne rien concéder, ne pas faillir devant ses opposants. Naturellement, l’opposition entre cette étrangère et le groupe de « conservateurs » ira croissante.  Je ne révèle pas la fin.

Cette œuvre de Nicholas Ray présente de multiples facettes qui promettent le film à une immortalité certaine. Avant tout, l’intensité dans le conflit Emma/Vienna coupe le souffle et s’exprime avec une violence que le réalisateur a mis en scène parfaitement. La haine d’Emma reste pour moi l’une des plus habitées du cinéma américain. Tout le visage de Mercedes McCambridge tremble de l’intérieur. Sa détermination la rend presque inébranlable. Face à elle, Vienna ne montre jamais de peur, au contraire, elle reste digne jusqu’au bout et se partage entre son monde de femme libre et la défense de ses intérêts. Ses changements de statut s’expriment très bien au travers des vêtements qu’elle porte. La femme qu’elle rêve d’être totalement se pare d’élégantes robes, tandis que dans sa lutte, elle ressemble à un homme puisqu’elle porte un jean, une chemise et le traditionnel porte-revolver en cuir. Par contre, Emma demeure en robe tout au long du film. Aussi, de nombreux thèmes, comme la lâcheté humaine et la fraternité, donnent au film un caractère universel. Nous trouvons, à ce propos, beaucoup de richesses dans les seconds rôles, surtout chez Old Tom et Bart Lonergan. Le premier assiste Vienna à la cuisine et dans l’intendance du saloon, le second fait partie du groupe de bandits qui met Vienna en porte à faux vis-à-vis de ses opposants. En effet, ces derniers l’estiment complice des supposés méfaits de la bande. Notons au passage que Old Tom est interprété par John Carradine et Bart Lonergan par Ernest Borgnine, deux autres grands d’Hollywood. Old Tom fait preuve d’une dévotion totale envers Vienna, c’est un homme simple qui reste dans l’ombre des autres et s’attache à faire ce qu’on lui demande avec bonhomie. Un personnage à l’opposé de celui de Bart Lonergan qui n’hésitera pas tromper ses amis pour tenter de sauver sa peau.

Johnny Guitar dessine la fresque d’une Amérique en proie à la rivalité et rappelle, de loin, Fury réalisé en 1936 par Fritz Lang. L’oppostion d’une femme ayant accompli ses choix et maîtrisant sa vie avec les hommes, et d’une autre qui ne réussit à dépasser la répression sexuelle qui pèse sur elle et échoue à séduire celui qu’elle aime, fait écho aux temps troublés où il était difficile de s’affirmer en tant que femme aux États-Unis. Enfin, dans le tandem Guitar/Vienna, les sentiments sont mis à mal et leur douleur respective anime leur relation d’une complexité qui nous tient en haleine jusqu’au bout car, dans un certain sens ils paraissent s’affronter et se défendre de s’aimer encore tant leur orgueil est grand. Cependant, la chanson originale du film, ne permettaient pas l’avoir de doute concernant Vienna et Johnny. Peggy Lee y chantait cette phrase, entre autres : Whether you go, whether you stay, I love you.

Espérons que ce film éclaire encore longtemps, de ses couleurs vieillies, le visage des amateurs de vieilles toiles.

Johnny Guitar
États-Unis – 1954 – 1h50 – Couleur (Trucolor) – 1:37
Réalisation Nicholas Ray / Scénario Philip Yordan d’après le roman de Roy Chanslor / Interprétation Joan Crawford, Sterling Hayden, Mercedes McCambridge, Ernest Borgnine, John Carradine, Scott Brady / Photographie Harry Stradling / Musique originale Victor Young /  Montage R. L. Van Eger / Production exécutive Maya Vitkova / Direction de production Marina Asenova / Production Herbert J. Yates

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