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Posts Tagged ‘Le voleur de lumière’

 

 

Nous frisons l’overdose cette semaine, le nombre de sorties s’approchant de la vingtaine. Naturellement, un être normalement constitué n’aura pu les assimiler toutes et vous en faire l’écho dans ces pages.

Côté muscles, Faster et Sans identité ne font pas dans la dentelle et remplissent au passage leur but : foutre un bon coup d’adrénaline et vendre du maïs soufflé. Pour les nostalgiques de Denver, cet ancien dessin-animé dont certains se souviennent, Paul rejoue la partition de potes qui ont pour occupation de se charger d’un extraterrestre. Le déjà fameux Winter’s Bone nous invite à la campagne pour une sorte de thriller original. Je crois qu’il vaut le déplacement mais je n’ai pas encore assisté à la projection. Considérons alors quelques films.

 

Un certain intérêt semblait émaner du Voleur de lumière, de Aktan Arym Kubat, qui nous avait habitué à des films bien foutus et assez riches. Comme l’indique le titre, nous allons suivre les aventures d’un électricien, un peu fraudeur sur les bords, et comme l’indique le nom du réalisateur, nous sommes au Kirghizistan. L’explosion du bloc soviétique n’a pas fini de plonger les anciennes républiques dans la précarité. Le Kirghizistan n’échappe pas à la règle et de nombreux habitants connaissent des difficultés. C’est là qu’intervient Monsieur Lumière. Il détourne de l’électricité pour les plus démunis. Et c’est là que s’immiscent des vautours qui souhaitent accéder facilement aux ressources du pays pour s’enrichir. Monsieur Lumière se fait attraper alors que le gouvernement vient de s’effondrer. Il sera alors relâcher puisque la police n’est plus. Il nourrit un rêve, celui de constituer un champ d’éoliennes dans la vallée. Ce projet intéresse un aimable personnage débarqué de nulle part dont les intentions paraissent bien trop bonnes. Ici, se jouera le nœud du film : à qui accorder sa confiance quand nous n’avons pas grand chose ? La tentation de s’ouvrir est grande mais à quels risques?

Malheureusement, Le voleur de lumière sonne un peu comme une carte postale, autant qu’une carte postale puisse sonner, je vous l’accorde. Les plans réalisés avec un grand soin, forment une campagne touristique alléchante et on peut douter de l’intégrité de certaines images très folkloriques. Les personnages, enfermés dans une grande innocence, ont toute notre sympathie, mais l’odeur de compassion l’emporte. Le récit est très convenu et la surprise ne germe jamais dans cette trame. Dommage, j’aurais aimé apprécié ce film. Cependant, le sentiment de banalité l’a emporté sur le reste. Ne demeure dans mon souvenir frais qu’une scène teintée de western où Monsieur Lumière jauge un enfant qui lui retourne son intrigante démarche jusqu’à ce que finalement, ils se décident, l’un et l’autre, à rengainer leur pistolet imaginaire. Pour clore cette scène, un homme arrive à cheval pour annoncer un drame, tandis qu’ils avaient collé leur oreille aux poteaux électriques, comme le font les Indiens sur le sol. Finalement, le film ne décolle jamais. Il n’y a pas grand chose à lui reprocher mais la mayonnaise ne prend pas.

 

Aujourd’hui dans les Pyrénées, un thriller à la française. Voici le pitch d’Avant l’aube, réalisation de Raphaël Jacoulot, dont c’est ici le second long métrage (après Barrage en 2006). Décor planté dans les Pyrénées donc, où se situe un grand hôtel dont Jacques Couvreur (Jean-Pierre Bacri) est le propriétaire. Il accueille en stage Frédéric, un jeune en réinsertion (interprété par l’excellent Vincent Rottiers). Un jour, un client disparaît et le dernier endroit qu’il a fréquenté fut l’hôtel. Tout porte à croire que l’énigme se tient ici pour Sylvie Poncet (Sylvie Testud) en charge de l’affaire. Le film débute, comme la plupart des films dans une voiture, celle de Frédéric, sur des routes sinueuses et nous mène jusqu’à l’hôtel. Raphaël Jacoulot précipite un peu son évocation de The Shining. L’ampleur des scènes ne possède rien de comparable, mais nous nous laissons aller au jeu des comparaisons. D’emblée, la musique nous incite à penser thriller. Son identité est si forte que l’on ne peut pas penser à autre chose. Rien à voir cependant avec l’abject dictature de 127 heures, où chaque morceau nous dit exactement quoi ressentir et quel sentiment avoir. J’attendais nerveusement les premiers mots de Bacri. Ils furent désagréables et je me mordais les joues. Pas facile de faire sortir un acteur d’une voie dans laquelle l’ont maintenus des dizaines réalisateurs. D’un autre côté, lorsqu’il s’en éloigne certains hurlent. Peu importe, Bacri gueule bien. Le fils de Couvreur, Arnaud (Xavier Robic, qui s’appelait déjà Arnaud dans son rôle au sein de la série Engrenages), commet l’irréparable. À partir de ça, naîtra un secret que Couvreur, son fils et Frédéric, vont partager.

Ce thriller hexagonal fait preuve de peu d’imagination. Pourtant, il séduit et convainc malgré quelques clichés irritants. Par exemple, pourquoi coller du rap à chaque fois que quelqu’un roule un pétard dans un film ? Passons. Mise en scène et interprétation  souffrent de peu de défauts, Avant l’aube nous invite alors dans son intrigue bien construite. Le choc entre la richesse des Couvreur et la modeste origine de Frédéric fonctionne à plein sans tomber dans les lourdeurs habituelles. Le nouveau monde d’opulence qui s’ouvre à Frédéric risque de le perdre. Le film s’attache aussi à questionner ce rapport à l’argent et à la classe sociale. Au risque d’en dévoiler davantage et de compromettre une partie de l’intérêt de ce second long, je m’arrête ici et vous invite à ne pas bouder cette fiction.

 

Plus documentaire, Indices de Vincent Glenn, très attaché aux questions de solidarité, de profit, etc. revient avec un nouveau film, sur le PIB, les indicateurs économiques et la commission Stiglitz principalement. Quelques intervenants très intéressants permettent à Indices de remporter la mise. Du point de vue de la réalisation, nous ne serons pas éblouis, comme ça l’est bien trop souvent dans cette veine. L’iconographie fourre-tout use un peu et la parole des scientifiques permet de nous en détacher heureusement. Un extrait de Pour en finir avec le jugement de Dieu d’Antonin Artaud vient comme un cheveu sur la soupe, mais finalement il trouve un certain écho avec le fond d’Indices. Et puis, c’est toujours un plaisir d’en entendre la rage. Quelques notions passionnantes, telles l’économie du Salut née au XIIème siècle, si je ne m’abuse, et la naissance des statistiques méritent d’être creusées. Il y est posée la question aussi de la correspondance entre bien-être individuel et bien-être collectif face à des mesures comme le PIB. Bien qu’il y est peu de réponses apportées aux énigmes présentées, ce documentaire travaille bien notre curiosité. Pourquoi pas?

 

Sinon, le cinéma du Panthéon héberge à nouveau Ciné Nordica, pour quatre jours de films nordiques (du 4 au 8 mars). La sélection, moins alléchante, que l’année précédente, ne manquera pas de combler davantage de monde, dans le sens où elle me semble plus accessible. Le magnifique cycle Un monde de machines continue au Forum des images. Le mythique studio Hammer s’invite au musée d’Orsay avec quinze films, déjà classiques du genre. Nous pourrons voir les films qui ont en quelque sorte donné naissance à ceux de la Hammer au cinéma Actions Écoles avec le programme Cinéma de l’étrange. Il y a le choix, non?

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