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Posts Tagged ‘Sex Friends’

Le programme , très riche (douze plats), met de nombreuses victuailles sur notre table audiovisuelle. Pour qui veut du flingue, il y aura de quoi (Largo Winch II). Ceux qui veulent du sexe embrouillé (Sex Friends), il y a ce qui faut. Du gros rire qui tache aussi (Halal police d’état). Puis de la paella (Les femmes du sixième étage), un bon chianti (La Bella Gente) et même de la bouffe d’hôpital (La petite chambre). Pour ceux qui ne sont pas très affamés, l’ectasy est offert (Jewish Connection). Et pour ceux qui n’apprécient pas les Audi, nous trouverons des modèles plus singuliers en Iran (The Hunter). Enfin, les nains de jardins se déchirent en animation (Gnoméo et Juliette), tandis que fidélité et jalousie font sourire Guillaume Canet aux États-Unis (Last Night) et que les échos de 1973 au Chili nous ramènent sur terre (Santiago 73, Post Mortem).

 

De mon côté, quatre films ont retenu mon attention. En premier lieu, La petite chambre, sûrement pour la participation de Michel Bouquet. Finalement, cette histoire aux destins croisés, dont les parallèles sont tirées entre un homme qui refuse de vieillir et une femme qui n’accepte pas le décès de son enfant, tombe un peu à plat. Je crois que la photographie y est pour beaucoup dans cette déception. Les cadrages pèchent d’un manque de réussite certain et le film ne fait pas preuve d’une grande virtuosité visuelle. Cette chambre se remplit d’innocence et le drame peine à s’installer. Côté interprétation, Éric Caravaca convainc ainsi que Michel Bouquet, dans son rôle de vieil acariâtre. Cependant, le jeu de Florence Loiret-Caille reste en dessous des rôles masculins comme si elle ne parvenait pas pleinement à incarner son personnage. Dans les faits, Rose (Florence Loiret-Caille) assouvit son besoin d’enfant à travers sa relation à Edmond (Michel Bouquet). Cela donne lieu à une scène très explicite où Edmond décide de dormir dans la chambre de l’enfant défunt, au cas où nous n’avions pas compris. La fin fournit une agréable métaphore que je ne révélerai pas ici. Enfin, le film est habillé de musiques classiques et de plantes vertes mais n’est néanmoins pas très luxuriant. Avant tout, pour les inconditionnels de Michel Bouquet.

 

En second lieu, La Bella Gente (troisième film d’Ivano De Matteo) offrait un pitch original. En effet, un couple italien en vacances d’été recueille une jeune prostituée qu’ils espèrent sauver de la galère. Ils se butent aux critiques de leur entourage et la présence de la jeune Ukrainienne commencent à mettre en péril leur couple et leurs certitudes bien sûr. Emmené par quelques acteurs talentueux, le film s’articule autour de moments de plaisir (bonne bouffe, farniente, pêche, etc.) et de dialogues bien bâtis. Mais le cadre naturel somptueux et le confort de leur maison est bouleversé petit à petit par les réactions diverses que suscitent Nadja (la jeune prostituée). Ou comment un élément extérieur vient briser tous les équilibres et mettre en doute jusqu’à ce que l’on croyait immuable. La faiblesse des hommes face à la beauté ne manque pas d’être mise en scène. Les femmes ne sont pas en reste puisqu’elles finissent par mal vivre cette rivalité sous-jacente. Et le courage, ou la volonté de bien faire, s’efface devant un aveu d’impuissance. Malheureusement, le personnage de Nadja est proche de la neutralité et ne permet de donner un véritable corps dramatique au film. Malgré quelques lourdeurs musicales et certains clichés, La Bella Gente propose une belle variation autour de la fidélité et du destin. Mais le postulat du film est sans appel, les classes sociales ne se mélangent pas. Tant pis…

 

Troisième objet de ma curiosité, le nouveau film de l’Iranien Rafi Pitts : The Hunter, sobrement doublé du sous-titre Le chasseur en français. Merci le bureau des adaptations des titres au marché hexagonal, souvent une catastrophe. Ici, il est question d’un drame personnel inscrit dans une vie politique tumultueuse. Le protagoniste perd sa femme et sa fille, victimes de balles perdues, dans des émeutes. La seconde partie du film traitera de sa vengeance et de son rachat, en quelque sorte, face à un couple de policiers partagés entre la haine et la compassion à son égard. Film assez sombre, The Hunter se dessine en couleurs harmonieuses et plans équilibrés. Les références au cinéma américain font écho au Targets de Peter Bogdanovich notamment. Le son de Radiohead ouvre ce film vers l’Occident et rend l’histoire universelle bien qu’elle prenne racine en Iran. Sobriété et humanité composent un récit assez juste qui mérite toute notre attention. Un article plus détaillé suivra dans ces pages prochainement.

 

Quatrième titre, Santiago 73, Post Mortem (Post Mortem pour le titre original). À la réalisation, Pablo Larrain (auteur notamment du sympathique Tony Manero en 2008). Il signe ici le deuxième volet d’une trilogie sur les années troubles du Chili. Le récit baigne dans le coup d’état de Augusto Pinochet contre Salvador Allende qui date du 11 septembre 1973. Cependant, Post Mortem ne cherche pas la reconstitution classique, il va au-delà. Au lieu de coller stricto sensu à l’histoire, Pablo Larrain recompose une atmosphère de fin du monde. Certains, plus des événements que nous ne pouvons l’être, seront irrités par cette reproduction infidèle (voir à ce propos le point de vue de Patricio Guzman). Le film est porté par un personnage énigmatique : Mario (interprété par Alfredo Castro). Il semble hermétique à ce qui se déroule autour de lui et son indifférence apparente se conjugue bien avec la tonalité très sombre du film. Mario est employé d’une morgue dans la capitale chilienne. Il sera d’ailleurs de ceux qui participeront à l’autopsie de Salvador Allende. Suicide ou assassinat? Ce questionnement très présent dans le peuple chilien n’aura pas de réponse précise ici.  Car c’est la montée du fascisme et l’horreur contre laquelle rien ne semble n’être brandi qui irriguent le film. Le destin de Mario se mêle à celui de sa voisine Nancy, danseuse instable d’un cabaret. Il lui dit son amour mais les mots ne semblent pas atteindre cette femme dont les repères s’effritent. Ensuite, Santiago 73 étale les cadavres et les employés de la morgue deviennent, en quelque sorte, les complices de l’armée (bien qu’ils tentent de sauver un homme encore vivant, laissé pour mort par les militaires). Les fantômes de ces cadavres planent sur le film et font résonner une apocalypse imaginée. Il faut aller voir cette réalisation de Pablo Lorrain. Son regard très personnel donne une teinte presque fantastique à ce volet d’histoire. Par contre, pour quelle raison les images sont-elles si floues? Il ne s’agit pas d’un problème de copie puisque certains plans étaient nets. En tout cas, de gros soucis à la prise de vue. Rien qui ne ressemble à un choix artistique, présent ailleurs dans l’absence d’éclairage et le choix de couleurs « mornes » par exemple. En dehors de ces aberrations techniques, Santiago 73 fait l’effet d’une détonation extrêmement silencieuse qui ne laisse pas insensible.

 

Aujourd’hui encore, le festival Hitchcock continue avec la réédition du Crime était presque parfait. Ce film a été initialement tourné en relief stéréoscopique et il est proposé dans cette version aujourd’hui pour la première fois je crois. Séances à l’Action Christine à Paris et à l’Institut Lumière à Lyon. Sinon, Irving Rapper et Jean Renoir seront à l’honneur avec Une femme cherche son destin et Le journal d’une femme de chambre. Les grands classiques font toujours l’actualité avec les rétrospectives Welles et Lang, au Champo et à La filmothèque. Plus proche de nous et toujours venus d’outre Atlantique, Jarmusch et Peckinpah continue à résonner à La filmothèque tandis que l’Action écoles présente le délicieux programme Actors Studio, pépinières de talent. À l’affiche : L’année du dragon, Le bord de la rivière, Érin Brokovich, Monster, On achève bien les cheveaux, Casino et La mouche. Sinon, Michel Gondry a carte blanche au Centre Pompidou et le Forum s’obstine à poursuivre le temps.

 

Les fauteuils rouges vous attendent.

 

 

 

 

 


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