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Séance de 16h00 au MK2 Beaubourg, 30 avril 2010.

Les découvertes comme celle-ci redonnent goût au cinéma d’aujourd’hui car Téhéran m’a fait oublier, pendant une heure et quelques, les récentes déceptions. Ce film nous transporte loin des clichés et n’est pourtant pas un polar à l’occidental comme on peut le lire parfois.

Plein d’audace et de simplicité, Téhéran glisse délicatement vers le drame sans s’y appesantir. Le fil du récit suit les mésaventures d’un homme, Ebrahim, qui est monté à la capitale pour, sans doute, subvenir aux besoins de sa famille qui va prochainement s’enrichir d’une naissance. Plutôt que de travailler dans un magasin, comme il le fait croire à sa femme, il passe ses journées à mendier poliment. Pour accroître ses revenus, il loue un enfant. Plus tard, alors qu’il le confie à l’un de ses amis, une femme parvient à duper ce dernier et lui subtilise l’enfant. À partir de ce moment, le film s’engage dans un chemin difficile : récupérer l’enfant et donc se mettre en danger, car les personnages vont pénétrer dans des milieux dangereux où ils risquent leurs vies.

Ici, Téhéran réussit très bien à contourner les règles du polar car il se tient à l’écart d’une certaine frénésie et surtout loin de la violence. La violence est naturellement présente mais n’illustre pas de manière exagérée les situations que vivent les personnages. Elle sera d’ailleurs davantage exprimée verbalement que par des gestes. Aussi, les critiques sur la société iranienne restent discrètes mais existent et ne prennent jamais le pas sur le fond du film bien qu’elles en fassent partie. C’est pourquoi je trouve que la pudeur avec laquelle le réalisateur a compté est précieuse. Les personnages restent dignes tout au long du récit et se mêlent au truand sans jamais changer de visages véritablement. Ils ne sont pas à leur place dans le crime. D’ailleurs, Farzin Mohades qui interprète Fatah, un ami proche d’Ebrahim, brille par ses gestes et son caractère droit et humain. La réussite du film doit, pour ma part, beaucoup à sa présence. Par moments, on pourrait presque croire qu’il est directement sorti de Mean Streets. Il incarne maladroitement un petit truand qui ne veut pas se faire marcher sur les pieds, mais c’est sa seule façon de porter main forte à son ami. Son autre ami, Majdid, ne se distingue pas par sa clairvoyance. Sa naïveté l’amène à se faire duper par la prostituée qui se fait passer pour une étudiante et enlève l’enfant. Quant à Ebrahim, il campe un homme partagé entre le mensonge et la sincérité, prêt à tout pour s’en sortir sans presque jamais se départir d’une certaine gentillesse. Aucun acteur, jusque dans les rôles secondaires, ne fait plonger l’interprétation. Chacun joue avec justesse le personnage dont on l’a habillé. Pourtant, pour la plupart d’entre eux, Téhéran représentait leur première expérience face à la caméra.

Aussi, il faut saluer le courage et la volonté du réalisateur et de l’équipe. Tourner ce genre de film en Iran représente un véritable défi. Contourner les règles, faire avec les réticences de chacun, les interdits, les urgences, demande de pouvoir retravailler le scénario très rapidement. Pour plus de détails, vous pourrez télécharger le dossier de presse qui contient une interview (très enrichissante) du réalisateur sur le site de Haut et Court.

Téhéran est tout simplement une petite perle qui vaut le détour. Espérons que le film voyage beaucoup, il le mérite.

Téhéran (Tehroun)

France – Couleurs – 1 h 38 – visa 124 908 – 1.85 – Dolby SR

Réalisateur Nader T. Homayoun.
Auteurs Nader T. Homayoun, Jean-Philippe Gaud et Mehdi Boustani.
Image Rémi Mazet.
Montage Jean-Philippe Gaud.
Musique Stéphane Lebellec, Christophe Julien.

Avec Ali Ebdali, Sara Bahrami, Farzin Mohades, Missagh Zareh, Shahrzad Kamal Zadeh, Rovina Sekhavat, Attila Pessiani, Pejman Bazeghi

Production Avenue B Productions et Alias Films

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