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Posts Tagged ‘Truffaut’

Quoi de neuf ce mercredi? Un peu de tout, de films réchauffés au film flambant neuf, le choix est large.

Deux réalisateurs nous montrent qu’ils s’amusent avec le cinéma, de là à ce qu’ils réussissent à nous surprendre la question reste posée. Chacun recevra différemment les deux opus de Michel Gondry et Gérald Hustache-Mathieu. Le premier réalise The Green Hornet, issu de la série du même nom, elle-même adapté d’une émission radiophonique américaine. Avec The Green Hornet, Gondry délaisse un peu ses amours cristallisés à travers Eternal Sunshine of the Spotless Mind et La science des rêves, s’il ne fallait en retenir que deux. L’action est au cœur du processus de son dernier film et saura sans doute ratisser large chez les spectateurs. Il faut sans doute le voir comme un exercice, celui de sortir de son monde et de prendre des risques. Naturellement, les risques sont très maîtrisés et le résultat charme sans bouleverser. Un exercice qui déroutera sans doute les plus avertis des fans de Gondry et qui ne manque pas d’humour.

À travers Poupoupidou, de Gérald Hustache-Mathieu donc, un écrivain interprété par Jean-Paul Rouve mène une improbable enquête dans une ville perdue en Province sur la mort d’une « réincarnation » de Marylin Monroe. Cette réalisation ambitieuse fait écho à de nombreux films et est bourrée de références, jusqu’à l’écœurement parfois. Cependant, le réalisateur s’amuse et jubile, mais il risque de perdre certains spectateurs en route. Enfin, l’originalité du ton est à saluer

À ne pas manquer : l’adaptation de la pièce Incendies de Wajdi Mouawad, une belle réussite théâtrale de ces dernières années dont la mise à l’écran paraît réussie, Harry Brown, chronique sociale très spectaculaire, une bonne occasion de rencontrer l’acteur Michael Caine pour ceux qui ne le connaissent pas, Point Blank, l’un des meilleurs films de John Boorman, en reprise donc à la Filmothèque et un documentaire sur la nouvelle Vague, Deux de la vague, à travers deux de ses figures principales : François Truffaut et Jean-Luc Godard.

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Le terme de cinéphilie serait apparu autour des années 40, mais on pourrait remonter vingt ans en arrière. En effet, dans les années 20, quelques ciné-clubs ont vu le jour, parallèlement à la parution de revues, disparues aujourd’hui. Ce fut aussi le fait de personnalités importantes comme George Sadoul ou de réalisateurs s’impliquant dans la critique de films, François Truffaut et Éric Rohmer notamment.

Ici, l’histoire de la cinéphilie ne sera pas exposée, mais plutôt les enjeux des mouvements qui, depuis quelques dizaines d’années, en modifient profondément les rapports et la façon de la vivre. Les progrès techniques sont à l’avant-scène de ces modifications, dont Internet et la duplication des supports techniques d’enregistrement (vidéocassette, DVD et aujourd’hui BluRay) constituent sans doute les principales raisons. La fréquentation des salles de cinéma baisse depuis l’apparition de la télévision, grossièrement proportionnellement selon le nombre de foyers équipés. Il ne s’agit pas d’une science exacte. Cependant, les chiffres semblent coïncider. Est-ce que cela signifie que le spectateur voit moins de films aujourd’hui qu’il y a cinquante ans? Au contraire, mais ce dernier va moins au cinéma. Il dispose de nombreux moyens de voir un film : les films enregistrés sur support physique (DVD et autres) et les films en ligne, stockés virtuellement, à visionner de son ordinateur, de sa tablette numérique ou de son téléphone portable, pour les plus téméraires. Quand, dans les années cinquante, un seul mode de diffusion existait, aujourd’hui ils se sont multipliés. Ces modes permettent de voir et revoir les films selon notre envie et nous défont des contraintes temporelle et géographique. D’être indépendants, en quelque sorte, de la vie publique d’une réalisation. Pourtant, la cinéphilie existe encore à travers les salles de cinéma, parmi lesquelles certaines organisent différents événements autour de films de patrimoine ou des nouveautés. Ces séances entretiennent un rapport humain d’échanges qu’il est difficile d’amener et d’entretenir sur la toile. Car, au lieu de communiquer, les différents organes de lecture et d’expression autour du cinéma par la cinéphilie, coexistent et demeurent assez hermétiques. Des passerelles sont possibles, mais généralement, chaque rédacteur est cloisonné dans son propre espace virtuel. Ailleurs, dans le monde feutré de la discussion d’après-film, les commentaires sont palpables et le débat s’engage immédiatement. On ne poste pas, on saisit le micro et on fait écho à ce qui vient de se dire. Ainsi, la cinéphilie devient donc plurielle en multipliant les réseaux de diffusion et de partage (la sensation de répétitions à l’infini est assez palpable sur le Web, certains articles étant reproduits à partir d’une source unique d’information).

Plurielle encore dans le sens où le film de cinéma n’est plus le seul concerné. Effectivement, le cinéphile moderne s’attache à tout objet audiovisuel. Son appétit se confronte à une quantité gigantesque d’objets disponibles pour guérir et aggraver sa maladie, où le format .avi pourrait symboliser une sorte de gage d’éternité. Il nous est donc rendu possible aujourd’hui de nourrir notre pratique de spectateur ad vitam. Là où une certaine violence pouvait éclater auparavant, où des clans s’affrontaient sur tel ou tel film, où la politique d’auteur s’inscrivait nettement dans les discours, aujourd’hui, le cinéphile mange de tout, aussi bien les classiques que les dernières grosses productions venues d’outre-Atlantique. Les chapelles ont éclaté à titre individuel (la cinéphilie peut vivre sans que l’on soit membre d’un groupe en particulier), tandis que demeure, dans les organes officiels, l’opposition Cahiers/Positif par exemple. Cependant, n’y aurait-il pas tout intérêt à se syndiquer en quelque sorte? Dans l’accumulation des parutions, dont Internet héberge davantage d’articles que la production papier, l’éclatement des auteurs vient à construire une sorte de bourdonnement inaudible et infernale dont l’originalité reste souvent à démontrer. De nombreux rédacteurs de blog se contentent principalement de recopier des morceaux d’articles glanés de-ci, de-là. De plus, chaque quotidien, chaque hebdomadaire, chaque radio ou presque, propose sa sélection de films, quand pour certains ils ne proposent pas en prime des émissions consacrées au cinéma. Ou ne pas écrire sur le cinéma signifie ne pas exister. Néanmoins, les critiques sérieuses se maintiennent généralement dans les revues spécialisées, alors qu’ailleurs il s’agit davantage d’évoquer et de signifier si l’on aime ou non. D’où l’extension des étoiles pour noter chaque film. Ce barème renvoie à la fois aux stars et à notre temporalité dérouté où il faut saisir avec une rapidité – toujours augmentée – le brouillon de nos impressions. Ainsi, il nous apparait qu’au delà d’être pléthorique, l’offre de pensée autour du cinéma reste finalement assez pauvre. Le loisir se confond à la recherche. À quand remonte la dernière bataille autour d’un film? Où est passé cet engagement viscéral à la défense d’un film en particulier? À Cannes, il est vrai, quelques disputes éclatent, mais généralement la gronde s’éteint rapidement. Ailleurs aussi, dans certaines revues ou à travers des émissions, des clivages naissent, les opinions s’affrontent. Néanmoins, nous sommes forcés de constater que les rivalités s’expriment avec beaucoup moins d’intensité et sont ramenés à des choses souvent basiques. Et le politique à l’intérieur des films fait de moins en moins débat. Nous pourrions nous interroger longuement sur les raisons de ces changements.

Enfin, la cinéphilie ne se présente pas seulement comme la pensée autour du cinéma. Il s’agit d’un mode de vie, d’un mouvement personnel, d’une exploration et évidemment d’une histoire d’amour. C’est pourquoi, la cinéphilie ne nécessite pas forcément de productions, mais peut se contenter d’être vécue au jour le jour, de façon éphémère et instinctive. Ou alors il n’est plus question de cela exactement, mais plus véritablement de cinéphagie.

 

 

Pour continuer sur ce sujet :

La cinéphilie ou l’invention d’une culture, Antoine de Baecque, Thierry Frémeaux, Vingtième siècle, Revue d’histoire n°46, 1995, Paris. Lire

Existe-t-il une nouvelle cinéphilie? article paru sur lemonde.fr le 12 mai 2005. Lire

PROJECTION PRIVEE – Cinéphiles et cinéphilies du 23 octobre 2010. Écouter

Un livre a paru récemment sur le sujet, il s’agit de « Cinéphiles et cinéphilies ». Voir

Et bien sûr, voir ou revoir Les cinéphiles ou tous les films que Louis Skorecki a consacré à ce thème.

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